LES POINGS CONTRE LES MURS

LES POINGS CONTRE LES MURS : 8/10
BH : 7/10, BMS : 7/10, EP : 9/10

Le titre en version originale, Starred Up, signifie dans le milieu carcéral, le passage d’un détenu à la « classe » supérieure. Il désigne ici Eric Love transféré de l’internement juvénile au milieu carcéral « adulte », en raison de son caractère violent et ingérable.

Le film sème légèrement le doute quant à la justification du titre, dans ses premières scènes, car Eric semble être un personnage passif, faible et observateur. Mais très vite, les incertitudes s’évaporent. Lors d’une scène d’une intensité folle, impeccablement amenée et mise en scène, on se rend compte de l’incroyable charisme du jeune Jack O’Connell (que l’on avait découvert en ado indomptable dans Eden Lake). Il interprète un personnage certes violent , mais surtout d’une acuité impressionnante, extrêmement instinctif, absolument imprévisible. Est-ce à cause de la force(folie) du désespoir? Son caractère naturel? Son histoire personnelle?
Le film, intelligemment, laisse une énorme part d’ombre sur le personnage d’Eric, celui ci étant particulièrement conscient du magnétisme qu’il exerce sur les autres, sur le spectateur.
L’acteur Jack O’Connell en joue énormément. Il arrive par exemple, par de subtils changements d’expression ou d’humeur, à provoquer une peur constante quant à ses réactions, à se rendre totalement indéchiffrable. Sa prestation est d’une intensité viscérale suffisamment rare pour être notée.

Face à  lui, l’acteur australien Ben Mendelsohn, découvert dans Animal Kingdom puis revu dans  The Place Beyond the Pines ou Cogan : un acteur mystérieux et impénétrable qui, dans le rôle de Neville « Nev »Love, père d’Eric, semble posséder le même comportement incontrôlable et déroutant que son fils.

Ces deux là ne se connaissent pas ; Nev’, en prison depuis le plus jeune age d’Eric, n’a jamais pu lui transmettre quoi que ce soit. Pourtant, une forme de symétrie les définit, l’un envers l’autre.
En effet, ils partagent cette imprévisibilité instinctive qui rend leurs personnages également troublants, et donc leurs interactions passionnantes :
L’un, jeune et devant faire ses preuves, agit intelligemment mais de façon solitaire. L’autre expérimenté, respecté, n’est pourtant qu’un chien fou, une simple arme manipulée par le caïd local.
Le film joue énormément sur le rapport de miroir inversé, le rôle supposé et le rôle effectif : Nev’ est le père biologique d’Eric, mais qui apprend la vie en prison à l’autre? Qui est vraiment le mentor? Qui impose son point de vue? Les jeux de non-dits entre ces deux personnages constituent une forme de suspens haletant qui provoquera quelques climax d’une certaine poésie.

© Wild Side Films - Le Pacte 1

© Wild Side Films – Le Pacte

Surtout que Les Poings Contre les Murs ne s’arrête pas à cette relation père-fils un peu spéciale, mais propose une vision relativement originale du cadre pénitentiaire (comme souvent dans les films carcéraux, depuis le choc Oz).
Cela passe par une représentation précise du quotidien carcéral allant jusqu’à chercher le détail improbable renforçant le cachet réaliste. Cette description immersive exploite également un nombre conséquent de protagonistes, en réussissant à donner à chacun un caractère, un but, une raison d’exister. Même le temps d’une simple scène.
Une écriture de personnages digne d’une série télévisée, qui tire profit d’une singularité :
La hiérarchie entre prisonniers paraît d’abord évidente puisque définie oralement par Neville à Eric, mais s’envisage également dans l’attitude des pensionnaires de la prison.
L’intensité du regard de chacun, une expression de respect, crainte, d’asservissement. Un personnage volubile ou peu prolixe… On peut ainsi s’amuser à décrypter indirectement les rapports de force, désamorcer les quelques surprises scénaristiques, fulgurantes, mais finalement prévisibles.

Un autre aspect intéressant, les relations sociales.
Il y a dans Les Poings contre les murs quelques moments où le rythme se fait plus lent, ou la caméra se place en observatrice. Des instants étranges, ou même nous, spectateurs, perdons nos repères, car nous ne comprenons plus vraiment sur quel terrain le film nous emmène.

”Un film original sur l’univers carcéral, propulsé par un casting hors normes au sommet duquel on retrouve Jack o’Connell et Ben Mendelsohn”

Cela correspond à ces passages où l’on peut observer un groupe bien distinct des autres prisonniers, et dans lequel Eric va, au gré de ses envies, évoluer.
D’abord amenées par la logique affutée d’un script très précis, ces sessions s’affranchiront totalement de la trame scénaristique et constitueront une bulle dans la bulle, très hermétique et pourtant fascinante.
à l’intérieur, se retrouvent quelques détenus, accompagnés par un médiateur (Rupert Friend). Entre thérapie, gestion de la colère, psychanalyse ; Les participants à cette session cherchent à s’affranchir par le dialogue et la communication, de toute l’humiliation et l’avilissement lié au système carcéral … Ils y trouvent également un moyen de relâcher cette tension particulière qui impose d’être constamment sur ses gardes, et de devoir prouver sa valeur.
Eric y joue un rôle aussi insondable qu’a l’accoutumée, entre médiateur, catalyseur d’énergie négative/positive, personnage psychanalysé, personnage indifférent.
Une façon d’aborder subtilement un aspect plus social, la position du détenu dans la société, le rôle effectif de la punition carcérale, la position des encadrants vis à vis des détenus, empathique ou non.

Malheureusement, en fin de film, le développement de l’intrigue se focalise sur les deux personnages principaux. Cela nuit sensiblement à l’équilibre fixé jusqu’ici, entre réalisme, échanges sociaux, immersion dans le quotidien de la prison, et rapports très »cinématographiques » entre père et fils.

Au final, la caméra de David Mackenzie montre de façon passionnante l’organisation d’une prison autour de personnages satellites à la personnalité bien marquée.
La qualité de l’interprétation générale cimente solidement l’ensemble des pistes scénaristiques, digressions sociales et portraits d’humains plus ou moins désespérés, parvient à maintenir le spectateur immergé dans cette bulle carcérale, malgré les incohérences ou les baisses de rythmes.
Si le réalisateur ne cherche pas toujours à s’affranchir des clichés inhérents au genre, il recentre en outre son film sur des rapports humains singuliers, tels que cette relation père/fils, ou les hiérarchies entre détenus (et encadrants), toujours motivés par la question du rôle, social ou affectif de l’un par rapport à l’autre.

• Titre original : Starred Up
• Réalisation : David Mackenzie
• Scénario : Jonathan Asser
• Acteurs principaux : Jack O’Connell, Rupert Friend, Ben Mendelsohn,
• Pays d’origine : Royaume Uni
• Sortie : 04 juin 2014
• Durée : 1h45mn
• Distributeur : Wild Side Films / Le Pacte
• Synopsis : Eric est un jeune délinquant violent prématurément jeté dans le monde sinistre d’une prison pour adultes. Alors qu’il lutte pour s’affirmer face aux surveillants et aux autres détenus, il doit également se mesurer à son propre père, Nev, un homme qui a passé la majeure partie de sa vie derrière les barreaux. Eric, avec d’autres prisonniers, apprend à vaincre sa rage et découvre de nouvelles règles de survie, mais certaines forces sont à l’œuvre et menacent de le détruire..
BANDE-ANNONCE

Article écrit par Georgeslechameau, pour Le blog du Cinéma

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