La Guerre des Mondes (2005)

La guerre des Mondes1

LA GUERRE DES MONDES, de Steven Spielberg : 9/10
BH : 8/10, BMS : 10/10, EP : 10/10

Quoi? 9/10, pour cette daube gna-gna-gna.
Oui, je pense sincèrement que ce film de Steven Spielberg est l’un de ses meilleurs, et, pire : un des meilleurs films tout court. EVER.

Il ne faut pas résumer La Guerre des mondes à sa fin pourrie ou à Tom Cruise.
Ça serait comme résumer Avatar à un scénario déjà trop vu, ou Gravity à sa musique de fin trop bruyante.
Le film est bien plus intéressant que cela.

Au delà du film S.F. mis en scène avec une maestria absolument hors du commun ;
Par dessus le traditionnel (chez Spielberg) passage à l’age adulte à travers les épreuves,
Il est intéressant est de considérer le film comme une métaphore du 11 septembre 2001, et, par extension, de l’implication du « common man » dans un conflit qui le dépasse.
Le film naviguera avec une fluidité qu’il convient d’observer d’un thème à l’autre sans jamais trahir ses trois buts initiaux.

Le premier plan post-prologue est une classique vue aérienne de New York. Mais très vite, la caméra effectue un mouvement impossible pour se focaliser sur un homme dans une grue, dans un port. Un homme « simple ». Tellement simple qu’il travaille à Brooklyn alors qu’il habite au New Jersey.

Tom Cruise est cet homme, Ray Ferrier.

Ray.

Choix paradoxal s’il en est, car Tom Cruise, en 2005, est une des figures les plus populaires du fait de ses apparitions régulières à la télévision américaine, en showman souvent ridicule vantant les mérites de son église scientologue à qui veut l’entendre…
Une figure reconnue donc, autant détestée qu »adulée », puisque parmi les stars les plus bankable de la décennie.

Qui peux mieux finalement, que le type le plus reconnaissable de la planète, susciter l’identification?
Personnellement, je trouve le pari un tout petit peu osé, mais judicieux.
Car le Tom Cruise de 2005, au delà de sa personne totalement insupportable, est un excellent acteur, qui sait choisir ses rôles – et s’investir totalement dedans :
Quelques preuves : Le gourou du cul de Magnolia (P.T.A.), Eyes wide Shut du maître kubrick, le Ethan Hunt bien parano du Mission Impossible de De Palma, le BG défiguré (HAHAHA) de Vanilla Sky, Le Hitman froid de Collateral (M. Mann), Le flic drug-addict de Minority Report (Spielberg).

Par conséquent, Tom Cruise en Ray Ferrier, prouve une fois de plus son intelligence en composant un personnage dérivé de Tom Cruise, l’homme derrière l’acteur :

Un « asshole »

Ou plutôt, un irresponsable, un immature, un grand enfant.
Comme lui rappellera subtilement ou non sa famille dans les scènes suivantes.
Spielberg traite donc une fois de plus de l’enfance et du passage à l’age adulte, mais différemment : ici, les enfants sont les plus matures, même dans leurs névroses (Rachel), ou ceux qui prennent vraiment leur responsabilités, bien qu’aveuglément. (Robbie)
Le temps de l’innocence et de l’insouciance (E.T.) est passé.
Spielberg à grandi et effectue un transfert sur ses personnages ainsi que sur le spectateur.

Les premières scènes sont donc très surprenantes. Entre l’immersion totale dans un quotidien familial terne, grâce à la captation d’instants inutiles, et ce personnage insupportablement con, Ray, on se demande si l’apocalypse promise par Morgan Freeman dans le prologue aura bien lieu ou s’il s’agira d’une chronique familiale intimiste.

Puis hop, première transition, de la cellule familiale dysfonctionnelle à la science fiction, via UN simple mouvement de caméra, celui qui passe de Ray, au nuage menaçant.
La tension monte doucement, tout doucement avec ces éclairs bien flippants, jusqu’à l’hallucinante scène ou les extra-terrestres viennent faire coucou du fond des entrailles de la terre.

 « Is it the terrorists? »

Et là, deuxième transition, de la S.F. au politique : l’attaque extraterrestre.
Transition à partir du moment ou l’on voit les Humains filmer le tripode ;
le symbole de notre génération, le Black Mirror, l’écran maudit de nos caméras (de nos iPhones en 2014), DOIT enregistrer ce moment funeste… pour la transmission posthume? une publicité morbide? un instinct documentaire?

Spielberg filme donc à hauteur d’homme, l’apocalypse.
Les rayons destructeurs du tripode détruisent tout, transforment les humains en cendres ; un nuage blanc gris enveloppe les badauds qui, trop curieux, cherchent trop tard à s’échapper.

Spielberg place le cœur de la destruction dans un New Jersey plus populaire pour éviter une identification trop douloureuse avec le désastre des deux tours, mais aucun hasard ici.
La Guerre des Mondes est le premier blockbuster à traiter frontalement du 11 septembre 2001. Suivront World Trade Center d’O. Stone ou United 93 de P. Greengrass, en 2006.

Fuite

La course à la vie de chacun n’a d’égal, en intensité, que la violence et la surprise de l’attaque.
Cette fumée blanche qui recouvre Ray petit à petit est symbole du nombre de morts causées par l’attaque des tripodes.
Ce ne sera que plus tard, en se nettoyant le visage de cette poussière maudite que Ray prendra conscience : maintenant, il s’agit de survivre. Lui, et sa famille. Le geste le plus logique? Fuir.

Vous iriez vous, placer une bombe au cœur du vaisseau mère extra-terrestre? Non?
Bah Ray non plus
(ou presque).

Point d’acte héroïque, jamais. Toujours esquiver au maximum le danger sera le credo de Ray car le meilleur moyen de protéger sa famille. Ce qui en fait un (anti)héros passionnant, car lâche, égoïste, humain.

S’ensuivent plusieurs scènes illustrant cette fuite en avant, toutes impressionnantes pour des raisons différentes.
Chacune d’elles renvoie à un ou plusieurs des trois thèmes précédemment évoqués…

Là, scène de famille, en cuisine, typique chez Spielberg, pour mettre en exergue l’incompréhension régnant au sein du groupe.
Ici, le hors champ sonore annonce une catastrophe incroyable ; Ray, constatant la violence de celle-ci, tente de protéger sa fille d’une vision d’horreur. Ce sera d’ailleurs sa première décision mature… Pourtant, la famille va quand même bientôt éclater. Robbie et Rachel le savent : Ray est un égoïste qui ne cherche, pour l’instant, qu’à se débarrasser d’eux auprès de leur mère.

Robbie d’ailleurs, comme des millions de jeunes américains, veut se porter volontaire pour aller casser du barbu martien.
Rébellion et esprit de contradiction typiquement adolescents, vengeance pour les milliers de vies détruites, ou expérimentation de l’avatar vidéo-ludique invincible du soldat? Difficile à dire.
Spielberg, en montrant ce patriotisme immature prépare en même temps son antithèse, le personnage d’Harlan Ogilvy.
Il propose tout de même une troisième facette de l’armée américaine, plutôt documentaire, traitée avec respect.

Puis après, comme souvent, mouvements de foule : jointe à la panique, la colère.
La caméra de Spielberg capte avec précision le désespoir causé par l’attaque.

Robbie, Ray et Rachel, après avoir échappé de justesse aux tripodes sur le fleuve, voient partout autour d’eux les désastres causés par les extra-terrestres. Ici, destruction brute, là, récolte d’humains, cauchemar partout.
Le paroxysme sera cette neige de vêtements : ce qui reste d’humains vaporisés par milliers par le rayon des tripodes, sorte de chambre à gaz science-fictionnelle…
Plus que de vraisemblance, il s’agit pour Spielberg d’aborder métaphoriquement un thème important dans son histoire et sa filmo,
la Shoah, la seconde guerre mondiale.

Pluie de vêtements

 – On est loin du feel good movie.

Les scènes suivantes verront Robbie s’émanciper dans les flammes et la mort puis surtout,
une confrontation étrange, entre Tom Cruise et Tim Robbins.

Un passage qui constitue une baisse de rythme puisqu’elle réduit les aliens au hors champ. C’est également le moment pour les personnages de raconter leur vie pendant trois plombes, typique chez Spielberg pour consolider l’empathie. Paradoxalement ce moment arrive tard dans l’histoire, ou plutôt bien après les évènements les plus funestes. Ceux-ci ont déjà scellé le lien entre nous et Ray/Rachel, ce qui rend un peu inutile ces séquences.

Par contre, concernant Harlan Ogilvy, plusieurs niveaux de lecture puisqu’à travers le personnage interprété avec conviction (mais aussi un peu d’exagération) par Tim Robbins, l’on peut percevoir celui qui permettra à Ray de prendre de dures et cruelles responsabilités : Ogilvy sera la toute première victime de Ray, quasiment la seule, d’ailleurs. Façon de rappeler, à l’échelle du film, que la prise de responsabilités vis à vis de la famille est plus important que la conscience morale.
Puis toujours dans la seconde lecture centrée sur le drame du 11/09, le traumatisme du vétéran : l’adaptation impossible à la société, suite aux séquelles psychologiques causées par un conflit avec un ennemi invincible, conflit dont le soldat n’est finalement, qu’un pion.
Le versant réaliste et cruel de l’idéal poursuivi par Robbie, ou plus simplement du rêve poursuivi par Ray, de famille idéale.

Ogilvy

Cette séquence se terminera tout de même par une stressante partie de cache-cache, même s’il faut nuancer le génie de cette scène car elle fait sans doute trop écho aux « raptors dans la cuisine », de Jurassic Park.

Puis, retour au rythme enlevé, avec la découverte de l’emprise rouge des martiens sur une Terre dévastée ; une nouvelle scène d’action hyper-active en mode western ; un face à face ou Ray montre qu’il est prêt à tout pour sauver sa fille (au comportement complètement improbable d’ailleurs), même à rentrer dans le vaisseau mère pour y larguer une bombe.

LA FIN ?

Soudain, sans véritable explication ni développement scénaristique, toute menace est subitement supprimée : Spielberg, deus ex-machina ultime, boucle son film en un happy-end expéditif qui peut autant blaser que renforcer l’aspect « conte désillusionné » du film.
La dernière scène d’action montrera donc l’armée se défaire efficacement d’un tripode. Victoire des états unis sur la menace?

La désinvolture avec laquelle Spielberg traite la fin de son film indique selon moi la vraie place qu’il accorde à l’optimisme – très réduite.
Ce conflit, plus ancestral et complexe qu’il n’y paraît (les machines, enfouies sous les villes américaines), n’est évidemment pas réglé. La menace alien, comme le terrorisme islamiste, ne se résoudra ni toute seule, ni à coups de bombes ou mathématiquement, au nombre de soldats.
L’extra-terrestre mort (symbole prémonitoire du cadavre de Ben Laden, quelques années plus tard), ne représente que la surface rassurante, destinée à satisfaire l’opinion publique (le spectateur).
Puis cette famille qui se réunit dans la joie et l’allégresse… Cette banlieue vide et automnale ressemble plutôt à un espace mental idéal. La destruction n’y est pas survenue ; les personnages peuvent s’y retrouver et vivre enfin une vie de famille disparue depuis longtemps : Ray, sa femme, Rachel et même l’ignifugé Robbie.
S’agit-il d’un nouvel American Dream version Spielberg : mettre ses traumas, la recherche du gain, l’égoïsme derrière soi, et se concentrer sur un idéal familial?
Un rêve, donc.
Car comme dans la réalité, ce que montre l’Image n’est qu’une information partielle, une solution provisoire et superficielle.
Pour moi, Spielberg à choisi délibérément de rendre outrancière la fin de son film pour éviter toute association avec une quelconque propagande justifiant guerre, armée, et moyens alloués à un conflit pourtant sans vainqueur possible, entre puissance matérielle, capitaliste, et idéologie.

Car Spielberg est un trop bon conteur pour ne pas être conscient du sabotage de son propre film au profit d’une vision sombre et amère d’un évènement capital pour nombre d’américains, de même que ses conséquences.
Il nous a livré un divertissement à haute teneur spectaculaire, mais d’une noirceur terrible, et au sous texte puissant, respectant à la lettre les codes du blockbuster hollywoodien – jusqu’au happy-end, tout en délivrant son message désillusionné, sur la possibilité d’une quelconque victoire ou d’un retour à la normale pour ceux touchés d’une façon ou d’une autre par la tragédie.

Plutôt que de voir un finish bâclé dans son film, je préfère voir un mensonge ouvert de la part du réalisateur qui nous a autrefois enchanté.
Une façon de nous balancer un désespéré : « Grow up kids, I lied. War hasn’t even begun ».

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Titre original : War of the Worlds
Réalisation : Steven Spielberg
Scénario : Josh Friedman, David Koepp, H.G. Wells(Roman)
Acteurs principaux : Tom Cruise, Dakota Fanning, Justin Chatwin, Tim Robbins, Miranda Otto
Pays d’origine : U.S.A.
Sortie : 06 juillet 2005
Durée : 1h52mn
Distributeur : UIP
Synopsis : Une « banale » invasion extraterrestre

 

 

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3 réponses à “La Guerre des Mondes (2005)

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