Mommy

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Mommy, de Xavier Dolan : 8/10
BH : 8/10, BMS : 7/10, EP : 10/10

Le nouveau film de Xavier Dolan pose son style dès la première minute. Mommy adopte un format 1:1 ;
Une image carrée qui étouffe considérablement l’action de son film. (ah tiens…Comme dans la dernière piste de Kelly Reichardt)
D’emblée, ce choix semble superficiel et emprunté ; La première scène, qui voit la caméra danser autour d’une Anne Dorval sous une lumière très Malickienne, on se dit que Dolan, en bon Tarantino de la mise en scène qu’il est, va nous faire la démonstration de son savoir faire en matière de recopiage de ses illustres maîtres.

Et l’on a pas tort. Le film se poursuit en convoquant Scorsese (les mouvements rapides de caméra), Wong Kar Wai ( la photo des intérieurs, les mouvements des personnages), P.T.A (l’accident fortuit – et gratuit, du début du film), ralentis à la Wes Anderson… On à l’impression que Dolan ne réalise même plus que sa mise en scène n’a rien de personnel tant il s’évertue à constamment reprendre les gimmicks d’autres films, les idées d’autres réalisateurs…
Faire comme.

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Une fois cette constatation faite et digérée, il faut analyser son effet : cette propension au plagiat provoque, un véritable spectacle visuel et sans perte de rythme aucune, dans le sens ou il s’agit d’une accumulation de beaux effets (musique y compris) et d’un renouvellement permanent.
Un spectacle qui petit à petit, tend à fusionner avec l’humeur des personnages.
Leur énergie, dans la colère, l’amour, mais aussi dans tout une gamme de sentiments intermédiaires, trouve dans ce melting-pot de mises en scène, un écho idéal.

Xavier Dolan, s’il est un plagiaire doué, est également un dialoguiste et un directeur d’acteurs hors pair.

Il s’amuse donc avec le langage. Le Quebecois comme le Français (et l’anglais, accessoirement), nous concocte des dialogues ahurissants de violence, de douceur, d’humour, d’énergie et de précision, déclamés avec fureur par Anne Dorval et Antoine Olivier Pilon, et nous laisse, spectateurs, à la limite de l’épuisement après chaque scène.
Dolan utilise également la musique en tant que dialogue, entre les personnages, mais aussi plus ou moins indirectement avec le spectateur, par leur résonance pop immédiate. Wonderwall (Oasis), ou On ne Change Pas (Céline Dion) ou Born to Die (Lana Del Rey), sont des titres très évocateurs pour nos générations, autant qu’ils expriment ce que ressentent Steve, Diane et Kyla.
Dolan réussit à communiquer via tout cela le désespoir de ses personnages derrière la violence de leurs échanges. Désespoir social, désespoir affectif… A force d’audace, il réussit même à rendre légitimes certains effets qui pouvaient paraître trop appuyés au début du film, comme par exemple le format de l’image, qui, finalement, au delà du gimmick, contient en quelque sorte les émotions du film (heureusement !).
Judicieux, même si Dolan peine à trouver la limite entre démonstration formelle et accompagnement des personnages.

”Une mise en scène impersonnelle mais foisonnante, au service d’acteurs illuminés par le talent de dialoguiste, la direction d’acteur, et la sensibilité de Xavier Dolan.”

Sinon, Mommy, c’est aussi une histoire. Très personnelle, c’est évident.
Xavier Dolan y parle (encore) de la figure maternelle, mais convoque une espèce d’exhaustivité de sentiments dans la démesure apportée par Anne Dorval au personnage de Die : l’actrice y est comme une boule d’énergie pure, une  femme adolescente au débit volubile,  vulgaire, mais parfois calculé. Elle dissimule dans son langage une intelligence et une douceur difficiles à percevoir. Dolan n’en fait pas un bourreau ou une victime, mais une Femme, dont l’amour pour son fils lui donne une force et une assurance que seul Steve peut briser.
Steve, est le versant exalté de Die (c’est dire l’énergie qui traverse le film !). Il n’arrive pas à exprimer ses sentiments et choisit de les exposer avec violence. Une façon de gagner un certain charisme, d’impressionner sa mère, de gagner son respect et donc son amour. Cette violence malheureusement se dirige autant vers les autres, que vers sa propre mère ou lui même.
Deux personnages entiers que Dolan ne choisit pas de diriger vers une direction psychologique ou une autre… Il s’agit plutôt pour lui, d’exprimer plusieurs facettes de sa propre sensibilité, et de voir ce qu’il en résulte.
Sa colère, sa douceur, ses turpitudes, à travers Steve, un mélange de mère-idéale, de mère-réalité et de mère-personnage-de-Cinéma à travers Die.

Soit un  bordel sans nom d’émotions, un tourbillon, qui par son caractère non-calculé, laisse transparaître une vraie sincérité.
C’est à ce moment que le personnage de Kyla, interprétée avec talent et subtilité par Suzanne Clément, prend de l’importance : C’est femme au foyer bègue épuisée par la vie qui délaisse petit à petit son rôle de femme et mère pour devenir un  catalyseur d’émotions dans l’histoire entre Steve et Die. Un personnage qui relance une ligne narrative relativement absente. Elle permet aux deux de définir une direction commune.
Dommage que Xavier Dolan choisisse d’indiquer un peu trop tôt quelle sera cette direction, le manque de surprise que cela provoque ne fait que renforcer la superficialité de sa mise en scène, mise en scène qui avait réussi à disparaître sous l’énergie du film.

Au final, c’est la sensibilité de Xavier Dolan qui s’exprime dans son don pour la direction d’acteurs qui donne sens au film, et non la mise en scène ni même son sujet.
C’est paradoxal, mais aussi efficace. C’est ce qu’on demande au cinéma, qu’il nous fasse ressentir quelque chose.
Dolan, sans s’en rendre compte, y est parvenu. Pas comme il devait se l’imaginer, mais tout de même.

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2 réponses à “Mommy

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