Le Vent se Lève … Il faut Tenter de Vivre

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Un film somme du maître Miyazaki, qui met de coté l’empathie envers le spectateur pour livrer un film personnel, politique quoique très neutre, et précis dans la description d’une époque.
Un Masterpiece.

L’histoire est celle d’un petit garçon passionné par les avions.
Cette passion deviendra avec l’âge, leitmotiv, puis raison de vivre, malgré les épreuves que peuvent être un cataclysme, des guerres, l’Amour.
Jiro est donc passionné d’aviation : il souhaite créer les avions les plus mémorables, par leur caractère innovant.
Si le but officiel de son travail en tant qu’ingénieur est l’avancement technologique du Japon, son vrai objectif est bien de réaliser ses rêves d’enfant, quel qu’en soit le prix.
Son oeuvre maîtresse restera néanmoins un objet destiné à apporter destruction et mort.

Miyazaki affirme qu’il s’agit là de son ultime film et effectivement, il en contient les éléments : il allie l’onirisme et les thèmes centraux de ses précédentes réalisations à quelque chose de beaucoup plus sombre et intime, comme une obscure partie de lui même.
Déjà, en survolant la bio de Miyazaki, on peut comprendre que Jiro est un double de Miyazaki, que le personnage de Naoko est inspiré par sa propre mère, qui était également atteinte de tuberculose.
Mais surtout, la relation entre Jiro et Naoko semble établir un parallèle avec la vie privée du réalisateur.
Car Miyazaki, à l’instar de Jiro, est passionné par son art. Au point de trop négliger sa vie personnelle, comme à pu en témoigner son propre fils. Cet aveu, déjà palpable dans Totoro il y a 20 ans, est clair dans Le Vent se lève.
S’agit-il  de déni de la part de l’auteur envers ses obligation personnelles, de renoncement?
Un aveu d’impuissance face aux aléas de l’existence?
Miyazaki semble regretter ses choix de vie, et proposer des excuses sur pellicule.
De mon point de vue, cela révèle un dilemme puissant: comment conjuguer génie créatif et vie personnelle? Car Miyazaki a réellement apporté sa contribution au 7ème Art, au Monde. Ses réalisations proposent un éventail de sentiments, entre prise de conscience écologique et poésie enchanteresse…
Ses films sont essentiels et font partie du legs culturel de notre civilisation aux suivantes.

Miyazaki semble pourtant se poser la question :  Tout cela en valait -il vraiment la peine?

La réponse à cette question ne peut probablement pas venir de lui même, aussi avisé et génial soit -il. Je vois ce film comme une forme d’analyse, de thérapie. Comme s’il laissait à son audience le soin de juger son oeuvre, bien sûr, mais aussi l’homme derrière l’oeuvre.
C’est aussi ça, la marque d’une grande sagesse.

Un personnage ambigu

Jiro, s’il est sincère et droit, n’en reste pas moins normal. Ni particulièrement charismatique ou héroïque, juste passionné et observateur.
Ainsi est il conscient de son implication dans les évènements qui bouleverseront le Japon.
Le terrible tremblement de terre de Kantō en 1923, qui ravagea le Japon et laissa famine et misère ; la participation du pays à la seconde guerre mondiale… Leur représentation à l’écran ne fait qu’illustrer ce que son premier rêve décrit métaphoriquement: destruction et mort.
Jiro garde pourtant sa neutralité, protégé  par les œillères de sa passion.
En termes de Cinéma, cela permet un point de vue qui englobe nombre d’aspects, historiques (période 1923 – 1940), politiques (les relations entre Allemagne et Japon), économiques (les luttes entre constructeurs pour les contrats d’armement, la course à la technologie), tout en restant impartial.
Cela rend le film particulièrement pédagogique : la précision avec laquelle est décrite cette époque force le respect. Elle permet  de prendre conscience des différents enjeux pour Jiro, et du coup, son ambiguïté/neutralité, qui rend ce personnage autant antipathique, que complexe et passionnant.

L’Amour également, est représenté plus frontalement qu’à l’habitude.
Dans les autres films de Miyazaki, si les personnages ont bien le sentiment amoureux, celui-ci est clairement mis de coté au profit d’un dessein plus important, remisé au rang de bagatelle, d’accessoire.
Dans Le Vent se Lève, c’est toujours le cas, mais Miyazaki montre également les tragiques conséquences de ce genre de considérations envers un sentiment aussi capital.
Est-il possible de concilier amour et vocation? Probable. Jiro (Miyazaki?) a pourtant fait le choix inverse.

Deux choses sur la mise en scène, distinguent Le Vent se Lève d’autres réalisations de Miyazaki.

Si elle demeure élégante et précise, elle devient également moins interactive. Le spectateur se retrouve dans une posture d’observateur – tout comme Jiro, et doit également fournir un effort intellectuel pour établir une connexion avec ce que  propose le film.
A l’image, cela passe par un rythme atypique qui privilégie les instants de vie – on pense à Takahata, avec les Yamada ou Omohide poro poro – entrecoupés d’instants succins et décisifs, mis en scène avec toute l’intensité nécessaire, comme le terrible tremblement de terre, les tests d’avions, les rencontres entre Jiro et Naoko, les rêves au ton amer.
Ces instants s’inscrivent dans une spirale de répétition, (a l’exception du tremblement de terre): comme plusieurs versions du même évènement, ou l’expérience de la vie apporte à Jiro un point de vue différent quoique perpétuellement neutre ou passif, tant qu’il ne s’agit pas de créer des avions.
L’onirique est néanmoins présent via les rêves de Jiro. Ses entrevues avec son mentor/conscience sont capitales car ils mettent paradoxalement en exergue la réalité du monde.
Cet onirisme n’a cependant rien d’enchanteur. Il rajoute seulement au trouble instillé par le film.

Les moments décisifs dont je parlais précédemment sont par ailleurs d’autant plus mémorables à cause d’un élément assez singulier :
Miyazaki a choisi pour sa bande son des bruitages réalisés à la voix (ils m’ont fait pensé au Medulla de Björk). Le résultat est particulièrement déstabilisant! Cette une épure formelle donne aux personnages intangibles du film – le fameux Tremblement de Terre, la Guerre, les Avions, le Vent – un aspect organique, viscéral,  qui renforce leur puissance visuelle.
Vent, qui, d’ailleurs,  sert de catalyseur aux évènements marquants de la vie de Jiro.
Comme une divinité un peu mindfuck qui souhaite tester les limites d’un être humain qui ne veut pas choisir entre réalité et fantasme.

En somme, un nouveau chef d’oeuvre de Miyazaki, différent d’autres films du maître, car ancré dans une réalité d’autant plus flippante qu’elle trouve écho dans l’actualité du monde (tremblement de terre de 2011, Crise, conflits mondiaux à venir).
Le film perd en accessibilité ce qu’il gagne en complexité, demande un investissement intellectuel beaucoup plus prononcé qu’à l’habitude et montre selon moi, que même les plus grands sages se posent aussi des questions existentielles.

Le Vent se Lève… Il Faut Tenter de Vivre : 9/10
BH : 10/10, BMS : 9/10, EP : 8/10

 

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Je rajoute un article passionnant d’ÉcranLarge.com qui apporte un éclairage sur Miyazaki et son rapport à quelques thèmes centraux dans son oeuvre.

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2 réponses à “Le Vent se Lève … Il faut Tenter de Vivre

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  2. Pingback: Index des films, par note | Les Films de Georgeslechameau·

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