L’inconnu du Lac

L'inconnu du Lac

L’inconnu du Lac

Incontestablement, un des film de l’année  2013.

Il est toujours excitant pour un ignorant comme moi de découvrir un univers méconnu par le prisme du cinéma ; de comprendre à travers les destins de personnages emblématiques, dans la description d’un quotidien, d’un monde ou encore via l’émotion véhiculée par certaines histoires, une culture insoupçonnée, complexe et passionnante. La culture maghrébine avec Lawrence d’Arabie, le milieu de la danse avec Les Chaussons rouges, un pan de culture gay avec cet Inconnu du Lac.


Les trois premières minutes sont malgré tout difficiles. C’est avec un œil inquisiteur que j’entame le film, focalisé sur la profusion de verges à l’écran. Immédiatement, je sais que voila. je verrai tout. Aucune limite consensuelle ne sera imposée. J’ai, du coup, l’impression que ce film n’est pas pour moi, que je ne suis pas… le cœur de cible. Erreur !

L’Inconnu du Lac n’est pas un film de genre, « catégorisable ».

Le naturel avec lequel évolue le personnage central permet instantanément de transformer ce jugement en curiosité.
Une stimulation intellectuelle est d’emblée introduite par un enchaînement fluide et ludique de micro-évènements qui permettent de comprendre petit à petit le fonctionnement de ce microcosme, dont les règles ont manifestement été établies il y a longtemps, bien avant que je découvre ce film, ou même que celui-ci existe.

Le film ne se résume pourtant pas à un simple jeu de piste anthropologique :
Simultanément, on observe les relations naissantes entre Franck et Henri, puis entre Franck et Michel.

Donc Franck. Jeune homme BG, va se baigner tranquille sur une plage gay naturiste, mais pas que.
Franck est d’emblée ambigu. quel est son but? se détendre simplement? faire des rencontres fortuites? niquer? tomber amoureux?
L’acteur Pierre Deladonchamps réussit à communiquer un mystère certain à ce personnage par son jeu à la fois mutique et expansif.
Il se confronte très vite à Henri, personnage autrement mystérieux. Celui-là, taciturne mais accueillant est interprété par Patrick d’Assumçao tout en nuances.
Leur sublime rencontre présage de la force du film à transformer un simple moment en quelque chose d’à la fois impénétrable et solaire : cela passe bien sur, par Le jeu déjà impeccable des deux interprètes qui laisse entrevoir un vécu et un avenir pour ces personnages. 

Puis apparaît MichelChristophe Paou ).
Qui est cet homme ? Est il réalité ou fantasme?
Décrire Michel est simple. l’homme se baignant nu, il n’est d’abord qu’un corps parfait auquel s’ajoute une imposante moustache, qui inquiète autant qu’elle séduit.
Il provoque immédiatement la fascination. On a, comme Franck, besoin de le traquer, d’en savoir plus.
Cependant, le film ne suit décidément aucune ligne claire et provoque subitement une rupture de ton complètement hallucinante. Ainsi, une baignade mortelle changera irrémédiablement notre vision de Michel, l’introduisant à Franck ainsi qu’à nous, comme un dangereux prédateur, un personnage hautement cinématographique, contrastant subitement avec la précision anthropologique perceptible jusqu’à présent. Fa-sci-nant.
Un parti pris très osé et surprenant, qui, loin d’être gratuit, transforme l’histoire en quelque chose de trouble et d’indescriptible.

Quelques étapes d’une relation amoureuse nous sont alors condensés, de l’acharnement sentimental aux questionnements sur l’implication de l’Autre, en passant par la simple jalousie et le sexe passionnel.
A ce sujet, le coté frontal des scènes de sexe renforce complètement l’aspect sensitif du film, puisqu’il explicite la puissance de cette relation, la transforme en quelque chose d’unique car avant cela, cantonné au domaine de l’imaginaire (dans mon cas).

Le film parvient également, en parallèle, à faire évoluer à la fois son univers et ses personnages.
D’abord, Henri, à travers la puissance émotionnelle et physique de la relation Franck / Michel, continue à exister. Il sert premièrement de soupape émotionnelle, en dévoilant tranquillement son vécu, sa personnalité, ses envies. Puis, dirigé par d’indescriptibles sentiments (encore) devient catalyseur d’une imprévisible apocalypse.
D’autres personnages viennent également bousculer la sphère relationnelle, puis aussi mettre en perspective l’état émotionnel de Franck vis à vis de Michel. Notamment ce détective pas gêné qui pose décidément les bonnes questions, un voyeur très passif-actif, ou même le disparu et le silure,  personnages hors-champ hantant subtilement le quotidien de chacun…
A ce stade du film, je réalise que l’homosexualité exclusive des premières minutes du film, a fait place à quelque chose d’universel, qui dépasse le simple cadre revendicatif. Une histoire simple qui, par le Cinéma , le talent de l’équipe du film, l’audace d’un metteur en scène, s’est hissée au sommet.

Puis cette fin, magistrale, inattendue, bouleversante, violente, apocalyptique, parfaite.

Bref. ce film ne m’a pas laissé indifférent. Il m’a carrément embarqué dans un tourbillon émotionnel que je n’aurais jamais soupçonné.
De par son mélange de genres, la direction d’acteurs au top, L’ambiance indescriptible distillée par touches… il est de ces films dont on veut parler, qu’on veut faire découvrir.

L’Inconnu du Lac 9/10
BH : 8/10, BMS 7/10, EP : 9/10

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2 réponses à “L’inconnu du Lac

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