Le Loup de Wall Street

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Scorsese revient aux basiques et filme le sujet qu’il à le plus exploité dans sa carrière, celui qu’il dépeint le mieux pour notre plus grand plaisir ;
les Gangsters.
Dans Le Loup.., la violence physique devient verbale, mais l’argent et le pouvoir restent centraux. La Drogue et les Gonzesses aussi.

Le film est vraiment un aboutissement en termes de réalisation et de direction d’acteurs. Leo est bluffant dans ce rôle, le personnage lui permettant (enfin) de montrer une palette d’émotion plus large que d’habitude, de la naïveté au charisme de leader, à l’avilissement absolu. Génial.
Le reste du casting déboîte également. Chacun est plutôt parfait dans son rôle, Jonah Hill est très bon, malgré une agaçante impression de cabotinage. Jean Dujardin est logé à la même enseigne quoique son temps de présence à l’écran ne dépasse pas le quart d’heure.
Mention spéciale à Matthew McConaughey, qui parvient, par la force de son jeu, à imprimer en 10 min son aura sur l’ensemble du film.

Ces gangsters modernes sont autant, voir plus impressionnants que les mafieux italo-américains, irlandais ou vegassiens vus précédemment chez Scorsese car il s’agit de parvenus, de gens normaux qui décident de plonger du coté obscur de la fortune, l’arnaque. Par contre, la retenue est inconnue pour ces rapaces là. Et le film nous invitera à participer à leur décadence, par l’excès.

Car là ou Scorsese touche juste, c’est en imprimant une constante volonté de critiquer le Système, cette logique capitaliste qui, en incitant à réaliser ses rêves pour obtenir la reconnaissance de ses pairs, finit par provoquer la chute morale puis psychologique. Le film s’attache donc à illustrer (de fort belle manière) cette dérive, en observant J. Belfort (Léo), au départ relativement innocent ou plutôt naïf sur le moyen de réaliser son rêve: amasser du fric puis le faire fructifier. Très vite, après une impressionnante leçon de son premier et dernier mentor, celui ci commencera son irrésistible ascension et deviendra, comme le soulignera le personnage interprété par Kyle « coach » Chandler, un Successful-Connard, et par lui même en plus.

Le Loup… m’a fait penser à un autre film, sans doute plus pompier, moins virtuose, mais traitant du même thème : ces types lambda qui veulent devenir « bigger than life », toucher l’American Dream et le réaliser: Pain and Gain de Michael Bay. Et si dans le Scorsese, J. Belfort y parvient assez vite, Daniel Lugo et ses potes, eux, s’illustrent dans la stupidité et l’incompétence.
Les deux films ont donc en commun d’être très virulents envers cette sacro-sainte société américaine qui élève trop facilement au rang de héros ceux qui parviennent au sommet par eux-même.

Pour en revenir au Loup.., j’ai vraiment été bluffé par plusieurs scènes, instantanément mémorables et cultes:
L’introduction en « bourse » de Jordan par Mark, le premier verre avec Donnie, la première vente de Belfort, ses speechs revigorants, l’interrogatoire sur le Yacht, les moments avec notre Dujardin national, les engueulades entre Jordan et sa femme, puis évidemment, la mythique scène de défonce.

En fait, quasiment toutes les scènes du film sont géniales. Chacune, prise à part, provoque ce truc viscéral qui oscille entre envie et dégoût, une connexion entre ces gens de l’autre coté de l’écran et le spectateur. Le revers vient malheureusement de cette générosité dans l’excellence: elle ne trouve pas d’écho dans le montage du film, en résulte une impression de longueur qui gâche ce feeling. A la manière d’une « écume des jours »:
le trop plein écœure.
Le fond cohérent se perd dans l’illustratif. Un meilleur montage, des scènes plus courtes aussi, auraient sans doute bénéficié au film, auraient renforcé sa puissance de suggestion.

Dernier point qui me paraît important. Il faut observer cette mascarade avec l’éloignement nécessaire, relativiser et chercher le second degré. Scorsese a toujours dépeint ces univers très masculins avec ce discret recul qui devient vraiment évident lorsque l’on observe l’ensemble de sa filmo. Ce n’est pas le film qui est misogyne, mais ses protagonistes. Le métrage n’est pas la consécration du dieu Argent mais l’observation à travers l’objectif d’une caméra des connards qui ne jurent que par lui.
Car le Loup… est un film-somme qui comme d’habitude pioche énormément d’éléments dans le Cinéma de Scorsese, d’Alice n’Habite Plus Ici. à Hugo Cabret en passant par After Hours, à travers ces petits détails, changement de tons, onirisme soudain, personnages références, etc.

On perçoit encore et toujours l’influence du film étendard de notre réalisateur, Les Chaussons Rouges, lorsque l’on comprend que le vrai sujet n’est pas le personnage (réel, je le rappelle) mais sa représentation via le filtre du cinéma.

Le Loup de Wall Street : 8/10
BH: 8/10, BMS 8/10, EP : 9/10

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3 réponses à “Le Loup de Wall Street

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