Captain Phillips

Tom Hanks

Une mise en scène très caméra à l’épaule, un label-vérité, mêlant grand spectacle et description documentaire pour raconter l’héroïsme plus vrai que vrai du fameux captain phillips face à l’attaque de pirates somaliens… mouais bof.

J’aime bien Paul Greengrass, son truc de dynamiser le rythme de ses films en provoquant une sacrée montée en puissance. Sa formule, simple, consiste à filmer au plus près ses personnages, décrire leur quotidien, les confronter à un événement qui les dépasse, mais dont ils ressortiront meurtris/grandis/héros ; Cette formule fonctionne généralement bien (Bloody Sunday, Vol 93, La Vengeance dans la Peau) mais trouve ici sa limite : la loi de l’entertainment.
Car celle-ci impose un rythme, des personnages aux sentiments clairement définis, stéréotypés, une certaine prévisibilité comme un simple Happy-End…

Son nouveau film commence dans une description naturaliste des différents protagonistes, s’attachant évidemment à essayer de créer plus d’empathie envers « nos » héros qu’envers les pirates.
Dès leur présentation, le coté documentaire qu’on pouvait espérer disparaît.
Reléguons d’abord vite-vite la pauvreté au second plan: évitons de trop apitoyer le spectateur hein! évacuée en cinq minutes, on arrive ensuite à la préparation de l’attaque ou le « chef » sélectionne les membres de son équipe.
Première fausse note, ceux ci sont sélectionnés suivant le cahier des charges du méchant hollywoodien. Leur personnalité se définit par un, voir deux traits de caractère, associés de manière bien perverse, à leur physique. Tu auras donc le chef, « sac d’os » malin et téméraire, le costaud fou-dingue et le maigrichon bichette. Voilà. Ces trois personnages forment l’opposition à la toute puissance américaine, d’abord représentée par Tom, puis, dans la troisième partie, par l’armée américaine.
L’attaque elle même, le moment le plus intéressant du film, oppose plusieurs échelles. Les lilliputiens pirates contre le gulliveresque Cargo emmené par, n’oublions pas, le trop-trop-fort, humain, puis surtout bankable Tom Hanks.
Le stress vient de la non-remise en question du réalisme induit par les différentes phases de l’attaque. Le talent de monteur de Greengrass est ici très bien exploité. Il y à une alternance de points de vue qui, bien que factice d’un point de vue émotionnel, crée une vraie tension, très physiquement palpable. Le suspens apporté par ces séquences est d’ailleurs autant dirigé vers les pirates que vers les marins.
Quel plaisir se stresser à chaque décision prise par chaque personnage, ne sachant jamais quelle en sera la conséquence, ni qui sera le vainqueur de cette mini-partie d’échec. Passionnant.

Puis vient la très spectaculaire, mais totalement inutile dernière partie, ou, quand une grosse Boot de gros Marine vient écraser un pauvre scorpion au milieu du désert.
Ici, les scénaristes souhaitent probablement nous apprendre deux choses apparemment essentielles pour le Cinéma:

  • L’avidité sera toujours punie, au centuple.
  • L’armée Américaine est vraiment la plus forte.

C’est ce point qui m’a fait un peu tiquer. J’ai eu l’impression que le but final du film était de venger cinématographiquement tous les cas historiques ou les Etats-Unis se sont fait botter le cul par des peuples en apparence désorganisés et faibles, par rapport à la puissance et le professionnalisme de l’U.S. Army, Vietnam, Afghanistan et probablement bien d’autres. Je me suis senti complètement détaché de cette démonstration de force, sachant qu’elle n’apporte pas grand chose à l’histoire,  si ce n’est humilier définitivement ces malheureux pirates.
Détachement d’autant plus prononcé après l’impromptu numéro d’actor’s studio de Tom, en mode traumas de guerre: Comme si Forrest Gump et Captain miller illustraient leur états d’âmes meurtris par des baragouinages inintelligibles, au retour de leurs guerres respectives… Disgusting.

Il devient intéressant de mettre en parallèle ce finalement très américain Captain Phillips et le méconnu danois Hijacking(2012).

Dans Hijacking, l’attaque, ou plutôt le siège du cargo, s’étale sur plusieurs semaines. Donc déjà: le rythme n’est pas le même, on n’est pluss dans le simple divertissement.
Cette prise d’otage là décrit le pirate avec respect et précision. Il montre également qu’être pirate est un métier, mais pas un métier d’amateurs. Que celui-ci est défini par une importante hiérarchie très organisée, du soldat-maton au patron sans visage, en passant par le primordial et ambigu négociateur.
Deux autres points de vue sont présentés, l’un, très froid, traitant de l’univers très bureaucrate ou des costards cravates négocient la valeur de l’Homme avec les pirates.
Le dernier décrit les marins, plus spécifiquement le cuisinier, qui tente des négociations pas bien efficaces avec les deux organismes précédents, dans l’intérêt de ses camarades marins. Point de vue du common-man, de l’ouvrier anonyme qui réalise n’avoir qu’une valeur marchande, et compose comme il peut avec ça.

J’avais trouvé ce film beaucoup plus poussé d’un point de vue anthropologique, et du coup, plus réaliste, finalement, que le traitement Greengrass.
Hijacking prouve qu’une simplicité de moyens peut aussi proposer un avis très pertinent. Le danois développe une réelle alternance de points de vue, sans simplification outrancière et sans manichéisme, alors que l’américain n’est qu’une expositions de moyens, de puissance.

Le traitement de ce sujet est très différent pour chacun des films mais reflète une réalité du « remake » hollywoodien, ou les aspects anti-entertainment et les valeurs autres qu’américaines sont gommés et transformés, au profit du spectacle, sous couvert, comme ici, de naturalisme et du label « true story » présent uniquement pour camoufler un discours violemment nationaliste.

Captain Phillips: 6/10
BH 4/10, BMS 8/10, EP 7/10

Hijacking: 8/10
BH 8/10, BMS 7/10, EP 7/10

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2 réponses à “Captain Phillips

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